Les textes Les dessins
  • L'âge bête 
    Une fois n’est pas coutume, je retourne dans notre bon vieux collège. Un petit souvenir de cette époque bénie où les profs intelligents faisaient quantité négligeable face à une flopée d’imbéciles heureux. Cette époque où on avait nos jeans trop larges au raz des fesses, nos baskets poêle à frire, nos tee-shirts « I fuck the world » et le disque d’Avril Lavigne à fond dans les écouteurs. Bon ok on a peut-être pas tous vécu tout à fait le même collège mais laissez vous prendre par l’esprit. Parce que je sais pas vous mais moi les réjouissances commençaient dès le matin à l’arrivée en cours ! Sur le chemin de la salle de classe je croise le regard de Lorely. Alors comment vous dire, heum, Lorely… eh bien disons que Lorely c’est le genre de fille qui a sûrement plein de défauts. Reste à trouver lesquels… Canon comme la une d’un magazine féminin, n°1 de la classe dans toutes les matières, une gentillesse à faire fondre un Bisounours, de l’humour et une rigueur de géomètre. Personne n’est parfait mais il faut bien admettre que certains se rapprochent plus de la perfection que d’autres. - Salut Pat ! - Ageudeuu heuu …lut !.... mh….. heum…. Fait ‘achement beau aujourd’hui hein ? - Oui, j’adore quand on a du soleil, pas toi ? - Ah si, pis surtout : n’avait rien à faire pour aujourd’hui. On a fait un foot avec les potes hier soir. Faisait chaud, c’était cool. - Rien à faire ??? Mais on avait 3 exercices du chapitre 7 en Math, une version de 20 lignes en Latin, l’interrogation sur les trois derniers chapitres en Histoire et ta récitation de poésie en Français !! - Ah… me semblait bien aussi que j’avais du omettre un léger détail… T’as fait tes exos ? - N’imagine même pas copier, tu t’es déjà fait prendre avant-hier. - Rho, je suis sûr le prof a déjà oublié… C’est pas comme si je trichais souvent non plus. - Pat ? - Oui ? - Tu te fais prendre à peu près trois fois par semaine. - Les profs oublient vraiment très vite tu sais. - Tiens d’ailleurs si je me souviens bien la prof de techno t’a pris un rendez-vous chez le directeur ce matin. - Ah ouiiii meeerrrde ! Un sprint de cinq minutes plus tard, j’arrive avec 20 minutes de retard à mon rendez-vous chez monsieur le directeur. C’est toujours important de garder de bonnes relations avec son directeur quand on est au collège. Un concept que j’avais pris très à cœur. Ayant frappé à la porte, je prenais pour autorisation d’entrée un soupir qui en disait long sur la passion de monsieur le directeur à mon égard : - Ennnnntreezz monsieur Patrovsky. - Jour’ msieur. Dsolé pour l’retard hein. - Ah le retard. S’il n’y avait que ça. Asseyez-vous je vous prie. - Merci msieur pour vot’ compréhension. - Monsieur Patrovsky. Que nous vaut le plaisir de votre présence aujourd’hui ? Non ne répondez pas. J’ai déjà eu droit à toute la détresse et tous les cris de votre professeur de technologie. « La goutte d’eau qui fait déborder le vase », « cet élève me rendra folle », « véritable inadapté social »… On ne tarit pas d’éloge à votre sujet comme vous le voyez. Alors comme ça on se permet de lire le journal « Libération » même au premier rang de la classe ? - Journal qui n’a jamais aussi bien porté son nom à vrai dire. - Erreur. On s’est vu combien de fois en deux semaines déjà ? - Une fois… pt’être bien deux… - Trois fois monsieur Patrovsky, vous avez été convoqué dans ce bureau trois fois en moins de deux semaines par trois professeurs différents. Et la semaine n’est pas finie. Vous savez ce qui se passe au bout de la quatrième fois ? - On gagne le gouloun gouloun ? - On est expulsé de l’établissement. Convoqué quatre fois dans une année entière et vous êtes exclu. On en est déjà à trois fois en même pas deux semaines!!! Vous savez monsieur Patrovsky, je vous aime bien… - Moi non plus. - Mmh oui, passons. Le fait est que je cherche à vous aider. Vous n’imaginez pas le tort que pourrait vous créer un renvoi de cet établissement. - C’est si mamie apprend ça que ça va rouspéter… ohlala… - Oui eh bien je serais vous je m’inquiéterais un peu moins pour mamie et un peu plus pour moi. - Pourquoi, vous aussi vous avez des problèmes ? - Non quand je dis moi c’est toi, enfin vous, rha bref. Tout ce que j’essaie de dire c’est : laissez nous, moi et vos professeurs, vous aider. Qu’est ce qui se passe ? Où est votre problème ? - Ben maintenant que vous le dite, ça fait déjà deux semaines mais ça reste dans mon esprit comme si c’était hier. Je…. j’ai perdu…. Mon hamster est mort ! - Vous voyez, je ne suis vraiment pas d’humeur à rire… - J’vois surtout que vous avez jamais eu de hamster. Après cette séance pédagogie, et quelques vociférations et gesticulations plus tard, retour à la triste réalité du collégien : les cours. C’est censé être l’endroit où on apprend des choses aux élèves. Le problème : on a oublié de mettre les élèves au courant. - Monsieur Patrovsky, le corbeau et le renard, à apprendre pour aujourd’hui. Vous récitez au tableau. - Ah non mais md’am, en fait j’ai eu des gros problèmes hier soir et… - Vous avez eu trois mois pour l’apprendre, ça fait déjà deux fois que je vous reporte cette récitation. Au tableau immédiatement. - Mais md’am écoutez moi. J’avais le voisin du petit ami de ma sœur. Il est super sympa je l’aime bien mais il a une fâcheuse tendance à emmerder le monde. Alors vous vous dites… - Je me dits que j’en connais un autre qui emmerde le monde !! Vous mettez ma patience à rude épreuve jeune homme. Au tableau avant que je ne vous inflige quatre heures de colle pour mercredi prochain ! Ca c’était pour la partie préparation mentale. Et puis finalement je la connais sa foutue poésie pourrie. J’ai juste quelques trous, ça peut arriver. Et puis j’ai pas lu la fin aussi parce que j’ai cramé accidentellement le bas de la page quand je jouais avec ma loupe. La leçon à retenir c’est de cramer uniquement les cheveux du voisin d’en face et pas les feuilles. De toute façon il s’en fou : il écoute le cours. Bon alors je me lève péniblement. Faut dire que c’est pas pratique avec le jean qui entrave les cuisses. Je me traine lamentablement jusqu’au tableau et je m’exécute. Et quand je dis « je m’exécute », c’est pour bien choisir mon vocabulaire : - Maître corbeau sur… - Le titre monsieur Patrovsky, le titre ! - Leçon page 23, le renard et le corbac de Jean du Lavabo. - Vous vous moquez de moi ? D’une part nous connaissons tous le numéro de la page, d’autre part je vous prierais de ne pas utiliser d’argot, il s’agira donc du renard et du corbEAU, et enfin je ne suis pas convaincue que monsieur de La Fontaine aurait apprécié la modernisation de son patronyme. - Mon papa il dit toujours que c’est tous des pourris au patronyme… - *soupir* Continuez s’il vous plait. - Maîtrecorbeausurunarbreperchétenaitensonbecunformagemaitrerenardpar… - On a un train à prendre ? - *marmonne* Ouai j’ai ton arrière train à prendre… - Je vous demande pardon ? - Euh je disais : parler vite ça m’évite les trous noirs. - Eh bien vous serez assez aimable pour désormais laisser des blancs ! - *marmonne* Raciste. - Comment ? - Si t’insistes. - Allons, pas de familiarité entre nous. Vous recommencez en détachant si possible les mots les uns des autres, nous vous en serions tous très reconnaissants. - Maîtreu Corbeaueu Sureu Unnn Arbreu… - Bon ça y’est je pense que vous avez assez fait rire votre publique, maintenant vous me récitez cette poésie convenablement ou c’est la colle. - Maître corbeau sur un arbre perché tenait en son bec un fromage. Maître renard par l’odeur alléché lui tint à peu près ce langage : « Yo monsieur du corbeau… - Hé ! bonjour. - …Euh… je crois on s’est déjà vu ce matin… - Non ce n’est pas « yo », c’est « Hé !bonjour ». Reprenez. - Que vous êtes poli… - Joli. - Merci. Que vous me semblez gros. - Ce n’est pas « gros » c’est « beau ». - Ben si veut lui piquer son cheese il ferait mieux de lui dire qu’il est gros. Moi ma copine pour lui chopper son burger je lui dis qu’elle est grosse, ça marche à tous les coups. - Vous expliquerez ça à votre ami du Lavabo pour son prochain texte, en attendant je vous prierais de bien vouloir vous cantonner à la version originale. - Sans mentir, si votre… votreuuu… euh…. - Ne soufflez pas. - Votreuu shahage…moirchage…ahaage… votre roi mage ? - Votre « ramage ». Savez-vous ce qu’est le ramage monsieur Patrovsky ? - Ben c’est un peu comme moi en ce moment quoi. - Mmh oui peut-être, vous pouvez expliquer ? - Ben je rame à fond… - Non ce n’est pas ça du tout. C’est le chant mélodieux des oiseaux le ramage. Le renard vante le chant du corbeau, vous comprenez ? - Mh mh… - Bon reprenez. - Si votre rat mage se rapporte à votre plumage, vous êtes le phœnix des hôtes de ces bois ! La prof calme d’un regard vindicatif les murmures de la salle suite au succès de la dernière phrase. Et moi je sens que c’est bientôt la fin des haricots parce que la ligne suivante est la dernière avant le papier carbonisé. Faut admettre que c’était facile, le phœnix c’est le sort ultime de l’archi mage dans warcraft III. Et puis c’est peut-être bien un Pokémon aussi ? Je sais plus. - A ces mots le corbeau se sent tout gaz. - Monsieur Patrovsky je…. - Il drop le cheese alors t’as le renard il le choppe et il lui dit : eh ben c’est ce qu’on appel se faire léser avec un grand B ! Tu parles trop garçon, la prochaine fois tu fermeras bien bien ta grande gueule de piaf ! Et un tien vaut mieux que la raison du plus fort qui n’amasse pas mousse, vooOOiiiila ! Dans les applaudissements frénétiques de la classe on a pu discerner un « Vous sortez direction le bureau du proviseur pour un rapport de comportement qui vaut quatre heures, et ne revenez pas en classe ! Dehors ! ». Ah mais il y a encore bien mieux que les cours. Il y a les récrés ! Avec les constatations existentielles qui vont avec bien sûr. Entre les « Comment elle est trop bonne elle », « Je t’ai explosé hier à CS », et autre « J’ai le calbar coincé dans les fesses », de quoi vous retourner n’importe quel Descartes. Héhé, retourner Descartes… des cartes…. non ? bon. Et là c’est Toufik qui pose la question qui tue : - Hey Pat, pourquoi t’as pas de meuf ? - Je crois qu’on va être en retard pour la cantine. - Bahhh laisse tomber, Pat c’est un mec trop intelligent, les meufs elles sont dépassées. - Si tu veux j’échange mon cerveau avec le tien et après on échange nos meufs, moi ça me va parfaitement. - Ok pour le cerveau mais t’as pas de meuf. - Parce que tu penses avoir un cerveau peut-être ? - Han comment il t’a trop cassé ! Hey Pat, si t’es si malin pourquoi tu nous expliques pas pourquoi t’as pas de meuf ? Genre une fille qui te ressemble quoi, avec qui t’as des choses en commun. - Une fille qui me ressemble ? Donc en gros une fille qui serait un espèce de grand mixe entre Jeremiah Johnson, Will Hunting et Schtroumpf grincheux ? Non attend, je pense qu’on y est pas encore là. Plutôt une hybride entre Dersu Uzala, Dustin Hoffman dans Rain Man et le sergent Hartman dans Full Metal Jacket !! Ben perso si un jour je tombe sur cette meuf, je cours ! Bon maintenant si vous pouviez vous bouger, on va être en retard pour la cantine. Forcément j’ai oublié ma carte pour la cantine. Comme tous les jours en fait. Je sais pas où je l’ai mise, mais depuis que j’ai nourri le chien il fait des glaires du même vert fluo que la carte de la cantine. Doit y’avoir un rapport je le sens. Toujours est-il qu’arrivé devant le mec qui valide le déjeuner : - Ah désolé m’sieur mais là je l’ai vraiment oubliée, Comment je suis trop désolé savez c’est… - Oui ça va ça va hein ! tous les jou’ cé paheille hein ! Tu fais désolé et tout et tout mais c’est tous les jou’ hein ! Ca va bien maintenant hein ! Un jou’ ça ne va pas passer hein mon gland ! - Mon gland mon gland, je ne mange pas de ce pain là moi monsieur ! - Mais non je dis mon gland c’est pou’ di’ « mon glllland » pas mon gland ! - Oui non mais ça va, arrêtez ! Je pense que ça y’est tout le monde visualise bien. Ca devient très gênant à la fin… - Mais ça va bien la tête ?? C’est de la maladie mentale ça hein ! Dégage petit malot’u ! Et demain je veux la calte hein ! - Vous êtes trop bon. - Bon ne s’éclit pas avec un C ! - Tiens c’est marrant ça. C’est très marrant même. J’en ai fait une presque pareille ce matin. Je vais la noter la votre. C’est marrant pour quelqu’un comme vous qui parle si mal français. Des jeux de mots orthographiques, chapeau. - Mais jé vais lui casser la gueule moi ! Leviens ici tout de suite ! Galnement !! S’en suit une course-poursuite d’environ 5 mètres. Assez pour tomber nez à nez avec le surveillant qui commence à en avoir marre de surveiller et qui a justement besoin d’un peu d’action. Un petit cours accéléré sur la voie du guerrier free fight et je me retrouve le nez dans ma purée de petits poix. Godzilla m’a fait une clef de jambe mais heureusement il n’a pas pu me broyer les adducteurs parce que mon jean ne permet pas un écart suffisant. Une visite chez le proviseur, quatre heures de colle supplémentaires et c’est un mercredi de plus à l’eau. Ah, c’était le bon temps !
  • Le grand conseil 
    Eh oui, il faut que ça arrive. Ben ça arrive une fois tous les 365,242199 jours hein. La fin de l’année…. C’est le moment de finir. On pense aux vacances sans vouloir y penser parce que c’est encore trop tôt, et pourtant si proche. Il faut finir l’année ! Clôturer les derniers dossiers pour les uns, passer ses examens pour les autres, finir sa cinquante troisième canette de bière pour Marcel… Et là je me suis posé une question. Est-ce que vous êtes (avez été) de bons élèves ? Est ce que ça touche un peu du scolaire ? Non parce que pour moi c’est évident que c’est le cas, je n’ai rien à prouver, je suis le meilleur et je gère comme une brute. Si si vraiment, ça m’est même arrivé de faire un exo une fois, c’est dire ! Pourtant j’en ai pas besoin, les exos : c’est de l’entrainement. Pourquoi s’entraîner lorsqu’on est déjà au top niveau ? Non mais c’était pour essayer de faire comme tout le monde, me « fondre dans la masse ». C’est que c’est pas facile tous les jours d’être totalement exceptionnel. Non mais je déconne, j’ai toujours été une grosse brêle en classe. D’ailleurs tous les ans à la fin de l’année c’est la même chose : Conseil de fin d’année. Le FAMEUX Conseil de fin d’année ! Quelque chose à vivre au moins une fois dans sa vie !! Moi je ne m’en lasse pas, je le refais tous les ans c’est ma grande spécialité. Et puis ça te permet de revoir les profs que tu connais (qui te haïssent), et ceux que tu connais pas parce que t’as séché tous leurs cours (qui ne te haïssent pas mais savent d’ores et déjà que t’es un gros blaireau parce que les autres profs leur ont parlé de toi). Et y’a tout un cérémonial ! Faut pas croire, c’est super bien organisé ! D’abord tu reçois une petite lettre vachement sympa. Moi je comprends pas toujours bien les phrases parce que c’est des mots compliqués de l’administration. Mais j’arrive toujours à capter l’essentiel du message. En gros si tu projettes les phrases compliquées sur la pensée réelle du rédacteur de la lettre, ça se résume en : « Bonjour connard, T’as fais que de la croute cette année et t’es champion du monde toute matière confondue en terme de stupidité avérée. Alors maintenant tu vas ramener tes grosses miches et ça va barder pour ton matricule. Fais-moi confiance, tu vas entendre parler du pays petit merdeux ! Toutes mes sincéritudes de ta mère la p… Je soussigné monsieur le responsable des directeurs de la responsabilité du corps enseignant professoral que tu peux pas test. » Alors bon, ça met en jambe un peu. Moi après une lettre comme ça je suis dans les starting blocks, j’ai qu’une hâte c’est que ça commence ! Envoie la purée Bébère, je vais casser du costard taillé court ! Mais bon… l’attente est longue. Et puis c’est pas donné à tout le monde. Ca demande une forte préparation mentale. Et une préparation physique aussi, si t’as tendance à pas vraiment donner dans la subtilité ; mais ça c’est au choix. J’avais un ami qui était comme ça, un peu du genre à partir à l’abordage avant de hisser le pavillon noir… Un jour on l’a retrouvé dans le bureau du directeur, le tee-shirt déchiré, les mains en sang, la fenêtre explosée. Il aurait déclaré : « Monsieur le directeur s’était penché un peu trop bas par la fenêtre du cinquième étage, j’ai essayé de le retenir mais il a perdu l’équilibre : l’accident bête ! ». Bon depuis, nécessité fait loi, on a du changer de directeur. J’ai également préféré changer d’ami. Ben on se voyait plus trop, ça devenait compliqué, fallait se parler à travers des micros et une vitre blindée enfin bref : c’était pas pratique. Toujours est-il qu’un jour ça finit par venir. La fameuse date. Toujours quand tu t’y attends le moins évidemment sinon c’est pas drôle. Depuis que t’as reçu la lettre, forcément t’as eu le temps de te mettre une bonne race au moins 4-5 fois avec des potes. Des « starting blocks » t’as à peine gardé les barrières, maintenant on appellerait plutôt ça les « vins Nicolas ». Tu t’es pas rasé le matin même, tu sens encore le truc bizarre que t’as ingurgité la veille, tu dors debout et là y’a ton meilleur pote qui fonce vers toi : - Hey mec t’as vu ta gueule ?? Ca commence dans une heure ! - Excusssssez moi m’sieur, semble pas vous connaître mais ssssi vous…. T’peux m’aider ààaah monter l’scalier HEIIINN ?! - Euh attends suis moi je vais te montrer un truc. Après t’avoir passé la tête sous l’eau du robinet des toilettes pendant une bonne demi-heure, ton pote te fais un bref récapitulatif de la situation. Et là tout te revient d’un coup en mémoire. Le chien qui aura chié partout dans la maison parce que tu l’as pas sorti, le four que t’as oublié d’éteindre et qui va tout cramer chez toi (au fond ça règle le problème du chien), l’amande que t’as pris pour insulte à un agent de la force publique dans le métro, le contrôleur RATP que t’as balancé sur les rails (ça règle le problème de l’amande), la caméra qui t’a filmé quand tu balançais le contrôleur sur les rails (ah non finalement on aura quand même l’amande), la fille à qui t’as dit que tu revenais dans deux minutes à la soirée d’hier, Rémi que vous aviez accroché par le slip au pont de l’Alma pour déconner mais que t’es jamais allé décrocher, le grand Turc qui est rentré avec toi tu sais plus pourquoi, enfin TOUT quoi ! Et surtout, surtout : le Conseil De Fin D’Année dans moins d’un quart d’heure !!!! Alors tu fonces en quatrième vitesse vers l’étage du Conseil. Et là y’a l’antichambre de la mort. Le couloir devant la salle de conseil où sont tous tes compagnons de misère. Que des amis à toi évidemment. Le seul que tu connais pas c’est le mec en blouse verte qui ramasse la poubelle du fond du couloir, sinon pour le reste ils sont tous dans le rang du fond avec toi à tous les cours (pour les cours où tu vas accidentellement). D’ailleurs je sais pas vous mais moi j’ai créé un groupe facebook avec ces gens là : « les mecs qui viennent au bahut uniquement pour la cantine et les wc». Alors bon, ça ne fait que commencer. Tout le monde attend... – Yo Pat, y'a la prof de français qui est passée. Elle a demandé si t'étais bourré tout à l'heure, s'est passé quoi ? – Euh ben je sais plus, j'étais bourré... – Tu voulais monter sur son dos et après t'as écrit « poney land » au marqueur indélébile sur son chemisier. – Oh Rémi !! Tu t'es décroché comment ? – Pas grâce à toi espèce de ... Soudain interrompu par une voix stridente. Dans ce couloir il doit y avoir au moins une bonne quinzaine de personnes, mais forcément avec ta chance légendaire, celui qu’on appelle en salle du conseil : c’est toi ! C’est comme dans Fort Boyard, les mini jeux en moins. Mais en tout cas les profs tirent la même tronche que les maîtres du temps. Tous plus ravis les uns que les autres de te voir. Aucun mot ne sort de leur bouche, et pourtant tout est là, dans leur regard, tu peux lire leurs pensées : « oh non pitié pas lui », « alors c’est luiiii !», « c’est qui ?», « merde j’ai plus de mine dans mon critérium », etc… T’as pas vraiment le temps de regarder tout le monde parce que tu mattes surtout tes pieds pour suivre instinctivement le chemin le plus court vers la seule chaise vide face à tout le monde. Ce qui ne t’empêche pas de tenter un petit « Je m’assois là ? » comme si on allait te demander d’être debout dessus… Et c’est au grand manitou de briser le silence : - Bonjour monsieur Patrovsky. Est-ce que vous connaissez la raison de votre présence aujourd’hui ? - J’ai bien une vague idée, mais je voudrais pas vous influencer… S’en suit un profond silence qui laisse rêveur quant à l’étendu du sens de l’humour des profs… Et débarque une fille dans le fond qui prend la parole. Une bombe atomique, le croisement entre Camerone Diaz et Claudia Schiffer, « sexy comme autre fois les stars » dirait Michel Sardou (mon mentor), et d’une voix qui ferait saturer n’importe quel téléphone rose : - Monsieur Patrovsky, je suis votre professeure de stabilité réseau et mathématiques appliqués, pourtant il ne me semble pas vous avoir jamais vu en cours. Pouvez-vous justifier ces absences intempestives ? Ah je sais pas ce qu’elle applique comme mathématiques celle la mais une chose est sûre : c’est qu’elle doit pas être si callée que ça niveau stabilité! Avec une régulation manuelle de la salive et une légère paralysie de la mâchoire inférieure, tu réponds donc : - aAAhhgg deuuu bhenn de jeuuuu…. Sais pas. - Euh… vous pouvez répéter votre réponse je n’ai pas bien saisi ? - **je vais te montrer ce que tu vas pouvoir saisir moi** Eh bien en fait, il se trouve que suite à divers désagréments de plus ou moins faible ampleur, dus principalement à la conjoncture sociale actuelle, je me suis trouvé dans l’obligation de faire passer mes préoccupations œnologiques avant la plupart des contretemps scolaires ce qui m’a conduit à évincer de ma planification temporelle la grande majorité des cours applicatifs. C’est ainsi que je n’eu pu honorer de ma présence la plupart de vos cours, je vous prie de bien vouloir m’en excuser platement. Veuillez accepter la sincère expression de mon regret le plus profond et sachez qu’il aurait été d’un plaisir inégalé et inégalable que de m’imprégner de vos lumières l’espace de quelques heures hebdomadaires. Alors là forcément, tous les autres qui t’ont jamais entendu prononcer plus de trois mots corrects à la suite n’auraient pas fait un visage différent lors d’un débarquement Alien sur la 132ème. La fille, elle, t’adresse un grand sourire qui te ferait presque oublier tous les schtroumpfs qui entourent la schtroumpfette. Mais un truc va te ramener sur Terre tout de suite, c’est le vidéoprojecteur qui se met en marche. Et tout au bout du vidéo projecteur, il y a le PC de monsieur le directeur. Et dans le PC de monsieur le directeur, il y a le tableur excel avec toutes tes notes de l’année ! Surprise sur prise ! Keep on rollin’ Baby, yeeehhhhaaaaa ! Si avec Alsa c’est la fête, avec Patrovsky c’est le carnaval de Rio ! Et ça part de tous les côtés : pourquoi 0 là, ça vous amuse d’avoir 5 de moyenne ici, arrêtez de rire quand je vous dits que vous ne dépassez pas les 2 dans cette matière, etc… Si bien qu’au bout de 10 minutes de franche rigolade, tu te fais jeter de la salle comme une merde avec pertes et fracas. Et alors que tu sorts hilare de la salle, y’a tes potes qui te balancent un regard emplit de peur et de désespoir… - Alors ? - La prof de math… - De quoi ? - Elle est trop bonne !!!
  • Let it snow 
    Comme vous allez assez vite le comprendre, on était en pleine période de février lorsque j’ai écrit ce texte : Ayho Ayho, il rentre du boulot ! Et ouaip parce que c’est les vacances !!! Trop la classe hein ? Et puis en plus c’est les vacances de Février !! La fameuse période où la France redécouvre nos amis les montagnards. Non parce qu’il faut bien que y ait un monsieur avec les grosses lunettes de soleil pour te tenir la barre du tire-fesse au démarrage quand même. Vous savez: les bibendums au teint halé et au sourire Colgate 3 en 1 d’un humour subtil et d’une délicatesse dont eux seuls ont le secret. Un petit sourire au bord des lèvres au moment de vous passer la perche avec un conseil paternel du type : « Fauuu bin k’tu la sert entr’ les fesses hein, s’non t’va t’les g’lé din l’pintalon ! ». Oui parce qu’il faut bien l’admettre, on ne comprend pas toujours la sémantique exacte de chaque terme employé. Ils parlent français comme toi, ça oui. Mais en moins bien… Alors la plupart du temps tu fais un effort, t’essaies de comprendre. Et puis à d’autres moments, disons poliment que tu « lâches un peu l’affaire ». Parce que l’accent à couper au couteau, c’est marrant 5 minutes, ça fait un peu documentaire fiction sur la France au Moyen Age. Mais bon, arrive un moment où Rabelais commence à nous travailler le colon hein !! Malheureusement pour toi, c’est souvent quand tu ferais mieux d’écouter que tu finis par « lâcher un peu l’affaire ». Tu sais, quand bibendum te fais des grands signes de son gant moite en criant des trucs incompréhensibles alors que tu descends en droite ligne vers la prochaine piste noire. Tu aurais pu t’arrêter, essayer de comprendre ses propos, discuter du problème, prendre le temps de mieux saisir l’objet de tant d’agitation… Mais disons que c’est ta dernière descente avant d’aller rejoindre Dorothée qui fait le poulet braisé depuis 1 heure et demie sur la terrasse d’où elle a commandé deux tartiflettes. Et que donc, l’autochtone de mes deux qui parle français comme le dernier roumain débarqué Gare de l’Est : tu t’en bats la race. De ce fait, tu détournes le regard et tu continues tout droit en faisant style t’as rien vu. Oui, il était en plein milieu de la piste qui fait 5 mètres de large, oui il est en rouge fluo sur fond blanc, oui il gueulait tellement fort qu’il a déclenché trois avalanches sur l’autre versant, mais une chose est sûre : TU L’AS PAS VU !!! Et ma foi, c’est bien dommage. Parce que si tu avais regardé quelques secondes de plus dans sa direction, tu aurais sûrement noté les panneaux rouges et noirs qu’il transportait sous son bras droit et qu’il va planter dans la neige juste après ton passage pour indiquer aux estivants que la piste est totalement verglacée et donc impraticable. Ca t’aurait peut-être évité de finir sur une civière et de payer l’hélitreuillage de la Gendarmerie Nationale. Et puis ça aurait évité à Dorothée de finir rouge comme un bonnet phrygien en t’ayant attendu 6 heures sur sa terrasse. Enfin bref, ça t’aurait sauvé tes saletés de vacances… On me sent un peu virulent sur les vacances au sport d’hiver. Et je m’en vais tout de suite vous en indiquer la cause : je ne pars pas en vacances cette année. Ehhh oui, l’Homme gagne chaque jour son pain à la sueur de son front, la vie est dure et j’ai du boulot alors voilà… Vous me direz je ne suis pas le seul. Et je vous répondrai : je… M’EN FOU J’VEUX Y ALLER P***** ** ***** ** ** **** ** **** !!! Mais ne nous emballons pas et prenons avec philosophie et détachement cette malchance passagère. Après une longue réflexion : j’ai décidé que si je ne venais pas à la montagne, c’est la montagne qui viendrait à moi ! Décidé et convaincu, j’ouvris la fenêtre en grand. Un soleil radieux, un vent glacial, la Montagne m’avait entendu ! Il me suffisait alors de recréer l’atmosphère si chaleureuse d’un grand jour de ski dans ses moindres paramètres. Tout d’abord : la température. Bien que vivifiant, l’air de Paris ne permettant pas des températures assez basses, je me vêtis d’un simple slip. Mon plus beau : celui avec un lapin en relief devant et des nœuds en soie sur les côtés. Ensuite : l’équipement ! Les chaussures blindées bien serrées. On le sent tout de suite quand c’est bien serré : c’est quand le sang n’arrive plus à circuler entre ton mollet et tes doigts de pieds. D’ailleurs il te le dit le vendeur hein : toi quand tu les essaies tu les mets comme des chaussures normales, néophyte que tu es. Et puis il revient vers toi et il te les serres « bien ». Et là vient la phrase fatidique : « Ca va comme ça ? ». Toi t’as qu’une envie c’est de lui balancer sa foutu chaussure de 3 tonnes dans les dents mais bêtement dans un réflexe conciliateur, sans vraiment pouvoir expliquer pourquoi, tu écartes légèrement les lèvres sans desserrer les dents pour esquisser un petit « vi vi, ca va ca va… ». Oui parce que s’il y a quelque chose à savoir dans le langage oral, c’est que très régulièrement lorsque tu dits deux fois la même chose : c’est que tu le penses pas du tout. Et quand ça devient vraiment très dur de mentir, ça arrive même que tu [b]triples[/b] les expressions. Du genre, tu es en train de finir une présentation au client de ton entreprise : - Le client te demandes la Lune ; - Tu peux lui proposer que des cacahuètes ; - Ton concurrent propose d’offrir le soleil ; - Ta femme vient de t’appeler pour te demander si t’étais bien allé chercher les gosses à la sortie de la garderie à 16h comme prévu d’un commun accord entre elle et elle ; - Il est 21 h ; - Et pour finir : le client te demande de faire un bref résumé de l’après-midi. Alors là, ça loupe rarement. Tu vas commencer ta conclusion par cette simple allocution qui en dit long sur ta motivation : « Booonnn bon bon… ». Tu comprends pas vraiment ce qu’il peut y avoir de foncièrement « bon » dans tout ce que tu vas dire…. Mais c’est pas grave, c’est ton côté poète qui revient au galop. Après tout, ya un bon paquet de somaliens qui crèvent tous les jours et ils en font pas tout un plat (c’est le cas de le dire). Donc bon : ya du bon dans Yabon. De quoi on parlait déjà ? Ah oui, l’équipement ! Donc après les chaussures, autre ustensile indispensable à la survie aux sports d’hiver : le casque ! Alors le casque c’est un peu pareil que les chaussures : faut que ce soit solide, lourd, pénible et super « bien » serré. Mais contrairement aux chaussures, t’as beau le serrer de toutes tes forces, t’as beau te lacérer la gorge avec la mentonnière, t’as beau entendre en stéréo chaque afflux de sang dans tes tempes : il arrive toujours un moment où le casque va finir par te tomber sur le nez. C’est mathématique. Tu sens que le sang recommence à passer un peu dans ton pied, tu décides de te pencher pour resserrer un peu la chaussure, tu fais un mouvement trop brusque avec le haut du corps et là : BIM, l’erreur. Sanction immédiate : un coup sur le nez. Sanction ultérieure : t’as super mal au nez même à la fin de la journée où tu sauras même plus pourquoi. Viennent ensuite les bâtons et enfin, l’équipement ultime : les skis ! Alors les skis, sur la neige à 80 km/h c’est vraiment super pratique. Mais au 5eme étage d’un immeuble en plein Paris : c’est moins pratique. Parce que figurez-vous que dans un immeuble, il y a des portes. Et qu’entre ces portes, il y a des couloirs. Bon ben là c’est à chacun de trouver son feeling hein. Tu cherches des diagonales improbables d’un coin à un autre, t’essaies de te soulever en l’air en t’appuyant méthode « planté du bâton ». Y a aussi les mecs qui ont fait des études : ils essaient de faire passer un ski, puis l’autre. Raisonnement juste : « si le premier ski passe, je peux faire passer le deuxième ski ! ». Alors ceux là : soit ils finissent par galérer comme tous les autres parce qu’ils découvrent qu’ils arrivent même pas à faire passer le premier ski, soit ils se retrouvent dans des positions où ils prient pour que personne n’ait un appareil photo sous la main parce qu’ils se sont jamais sentis aussi souples de toute leur vie. Quoiqu’il en soit, je finis par atteindre péniblement le salon où j’ouvre indistinctement toutes les fenêtres. Et pour que mon bonheur soit total, je surélève légèrement le côté gauche de mon canapé au moyen d’une chaise de table et je commence les descentes. Donc forcément au bout de 3-4 descentes j’ai vite ressenti l’essentiel de ce qui fait les vacances d’hiver. Bras cassé, côtes fêlées, les deux skis en miettes. Je savais plus trop si c’était ma tête qui tenait le casque en l’air ou le casque qui maintenait la tête au centre des épaules. Apprentissage rapide du grand écart facial, et j’en passe. Mon plaisir avait atteint les summums de la jouissance lorsque je fus perturbé par le son caractéristique de la sonnette d’entrée. Je me suis donc trainé tant bien que mal vers la poignée de celle-ci. Debout sur mes restes de skis, en slip avec mon casque, ce qu’il me restait de bâtons et mes chaussures pare-balles, je me résignais à ouvrir la porte à la quatrième sommation. Deux agents de la force publique se tenaient devant ma porte, en plein concours du plus beau sourire. - Tout va bien monsieur ? - Pourquoi, j’ai l’air de quelqu’un qui va pas bien ? - On a reçu des plaintes, certains de vos voisins décrivent des sons apparentés à des scènes de lutte venant de vos appartements. - Je suis tout seul. - On peut entrer ? - T’as vu ta gueule, même à Disneyland tu rentres pas toi. - Dans ce cas pouvez-vous nous indiquer la cause de ces nuisances sonores ? - Je fais du ski. - Booonnn bon bon, tenez : je crois que vous allez nous suivre au commissariat, on sera mieux pour discuter. Je ne vous cache pas que je n’étais pas peu fier de mon entrée remarquée au commissariat. Mon slip fétiche a fait sensation auprès des chiens de la brigade canine. Néanmoins j’ai échoué à mes examens d’urine, j’ai donc du regagner mes pénates sans la satisfaction d’une simple condamnation. Et oui, parce que ca tourne pas très rond là dedans, mais moi au moins, je ne me drogue pas, na ! Et puis j’ai pas de vacance, et puis je fais que taffer, et puis ca me saoul, et puis j’men FOUUUU !!!
  • Tu n'as pas changééé! 
    Salut tout le monde! Je tiens à rassurer mes collègues du passé : ça y’est c’est fini ! Ma vie est redevenue normale, je suis repassé du « bon » côté de la barrière. Patrovsky le raté a définitivement tourné la page pour laisser place à un nouveau Patrovsky et ce depuis quelques années déjà. Il se pourrait même qu’un jour je me mette à travailler. J’en vois sourire mais si si si, c’est possible ! Alors depuis que je suis revenu à la vie des gens normaux, vous pensez bien que j'ai eu le temps de parcourir ce monde cruel et dépourvu de tout sens moral. Tandis qu'Einstein fermait la porte de Lagrange pour se payer un tirage Descartes, alors que Schrödinger butait des chatons dans des boites à chaussure à coup de cyanure, au moment où Steevy Boulay jouait encore avec ses matières: à cette époque existait un monde qui, je vous le déclare enfin, a totalement cessé d'exister pour sombrer dans le néant de l'économie de marché ! Et pour l'homo sapiens sapiens non averti que j'étais, le choc a été rudement violent. Souhaitant me divertir un soir où la misère populaire m'avait laissé seul face au terne bitume du trottoir… enfin en gros un soir où le taxi s'est rendu compte en cours de route que j'avais pas de quoi le payer et m'avait jeté du côté de l'Olympia… je parcourais d'un œil hasardeux les titres des concerts et je tombais sur celui-ci: Cœur de Pirate! Quelle bonne idée me dis-je! Déjà ma tête s'emplissait de la douce mélopée des pirates en quête de gloire, de rhum et de gueuses. Un pirate: une carrure à la Chuck Norris, un bandeau sur l'oeil cumulé d'une profonde balafre à la joue droite, un tatouage tendancieux sur le bras gauche, l'haleine à tuer un taureau sur le coup, pas de douche depuis 9 ans 3 mois et 6 jours à écumer les 40eme rugissants, une jambe perdue dans l'abordage de la Royal Navy, une dentition à 5 carats, enfin un putain de pirate quoi ! YOHOOO YOHOOO a pirates life for me ! Après moult péripéties dont le but premier était de pénétrer dans l'enceinte du concert tant attendu sans être repéré des vigiles, je me retrouvais au premier rang de ce qui s'annonçait comme la fin bien méritée d'une rude journée. J'étais déjà un peu étonné par les statistiques du public présent dont la moyenne d'âge devait avoisiner les 12 ans et dont le taux de féminité approximait les 90%. Quand soudain, le rideau s'entrouvre! La folie s'empare de la foule! Coeur de pirate va apparaitre devant vos yeux ébahis! Ne me sentant plus de joie je brise une bouteille sur la chaise de mon voisin de droite (oh pardon, de ma petite voisine de droite) et me mets à chanter d'une voix rauque: YOHOOO YOHO0oo...oh la vache! Une blondasse décolorée, 1m20 les bras levés sur un échafaud, 30 kilos toute mouillée : le drame! Et ca continue dans l'horreur: "Mais il m'aime ennncoore, et moi je t'aime encore plus fort, mais il m'aim...." et comme ca pendant 3 min. Dégouté d'avoir gâché une bouteille d'un si bon cognac, je prenais ce qu'il m'en restait à deux mains et me levait pour avoir quelques explications sur le champ auprès de la réceptionniste. "- Mais monsieur vous ne pouvez pas... - Quand c'est qui vient coeur de pirate? c'est sympa d'envoyer sa dulcinée à sa place mais lui il vient quand??! - Mais enfin, coeur de pirate est un pseudonyme et... - Non mais je sais que c'est un pseudo, chui pas con hein!! C'est comme "Teddy l'étrangleur des 4 fourrés" ou "Jojo Lapinfou" ou encore "Michael Jackson" mais... - Je vous interdis de dire du mal de feu sa sérénité Michael!! - Mais j'en dits pas du mal! Vous voyez toujours tout en noir ou tout en blanc! L'avantage d'un mec comme Michael c'est qu'il a toujours eu un peu des deux quoi! -SECURITE !!!" Après une petite discussion physique avec trois vigiles de l'Olympia, je me retrouvais, comme peu avant, en symbiose parfaite avec le caniveau du boulevard des Capucines. Ya à boire et à manger me direz vous mais j'étais pas vraiment venu pour ca. Après un rapide bras d'honneur couplé d'un "Porte un masque à gaz à la crémation, la fonte du plastique c'est toxique!", je m'en allais à la Lune asservi, bercé des sirènes du SAMU social et des aboiements des dobermans sans muselière contre les patrouilles des stups. Quand, au détour d'un réverbère, m'apparu une silhouette que je distinguais comme étant de type féminin. N'écoutant que mon courage, ou ma libido que sais-je, je me décidais à aborder cette apparition sans doute envoyée par un Dieu doté d'un grand sens de l'humour. En évitant d'être trop fleur bleue évidemment, ca ne ferait qu'accentuer le burlesque de la situation. "- Hey ma grande, dit moi j'me disais: ca te dirais pas de faire d'la mobylette sans la scelle un peu? Histoire de voir comment j'me défend dans mon imitation du moteur à 2 temps? Enfin que j'te rue dans les brancards un peu quoi... Ca me permettrait de faire tomber les valises si tu vois c'que j'veux dire. De dégorger un peu le poireau. Et puis t'aurais pas à y perdre au change ma beauté. J'te garnirai le bouquet comme pas deux! Et puis je t'aime à fond tu vois. Euh... si un grain de sable c'était l'amour tu vois, ben euh... j't'offrirais toutes les plages du monde tu vois... Et même les bacs à sable hein: c'pas trois mômes avec des pelles et des sceaux qui vont m'arrêter hein!" Dégageant ses cheveux encore humides de substances gastriques de sa bouche, elle releva vers moi son regard dégoulinant de feutre noir et marmonna ces quelques mots: "- T'as pas du forfait? - Pour toi ma petite reine, je ferai du hors forfais jusqu'à faire péter mon compte en banque tu sais." A ces mots, sentant venir la récompense d'une journée de galère, je lui remets mon cellulaire d'un sourire qui en dit long sur mon empressement. "- C'est un Iphone 3G, tu sais. Le dernier quoi. - Ca rajoute quoi le 3G? - Ouai enfin c'est un Iphone quoi..." Elle compose un numéro et à chaque touche mon coeur se met à battre plus fort. Peut-être le ciel m'a-t-il enfin entendu. Ce soir c'est dit, elle va passer à la casserole la petite. Ce soir c'est bibi qui va devenir un homme! Ce soir... "-Allo, la police?" 24 heures de commissariat plus tard, je me retrouvais une fois encore (last but not least!) à découvrir l'asphalte d'un regard d'enfant. Telle est la dure vie d'un inadapté. Mouiiii c’est vrai que pour le changement de vie… on repassera.
  • Archifreud 
    Ce texte n’avait pas d’introduction mais vu que je le publie maintenant sur un site internet sans aucun contexte, il va bien falloir que je lui en produise une. Que vous dire, depuis le temps que j’écris des bêtises, j’ai fini par m’y habituer à tous ces textes plus horribles les uns que les autres. J’en ai presque oublié de leur faire des introductions. J’espère que vous prendrez autant de plaisir à les lire que j’en ai pris à les écrire ! Peut-être pas beaucoup plus quand même parce que votre système nerveux risquerait de ne pas y survivre… A titre tout à fait personnel : je les aime beaucoup. C’est un sentiment très égoïste. Une sorte de contemplation narcissique de mon "œuvre". C'est surement ce que voulait décrire Freud lorsqu'il expliquait que tout un chacun est poussé, de part les premières années de sa vie, à vouloir flirter avec sa mère et tuer le chat de la voisine qui renverse les poubelles afin, bien sûr, de se rallier aux prolétaires de tous pays et former un gouvernement d'ouverture d'extrême droite. Enfin je me souviens plus vraiment des détails précis mais en gros je crois que c'était ça le fond de sa pensée. Ahh la philosophie. Nombreuses sont les personnes qui surmontent les difficultés de leur vie grâce à la philosophie. Et comme on les comprend. Moi-même, parfois, quand tout va mal, quand mes problèmes quotidiens dépassent mon maigre intellect d’individu lambda, je me surprends à chercher le soutien dans un livre de philosophie. Et je lis. Je laisse à mon esprit le soin de parcourir toutes ces expressions torturées, toute cette profusion de métaphores censées approuver des postulats révolutionnaires, toutes ces phrases sorties tout droit d’une chanson d’Etienne Daho que la raison peine à comprendre, toute cette énergie cérébrale consommée par de longues heures de réflexion douloureuses. Et ce n’est qu’après ces instants d’intense évasion que l’on en arrive à cette conclusion, tel un cri du cœur : « Oui, j’ai des problèmes : mais bon sang y’a pas que moi !! ». Une évasion si intense qu’il convient de ne pas s’y adonner guère plus de quelques secondes. Voire quelques dizaines de secondes. Mais gare à la surdose, ou bien le « cri du cœur » risque de trouver une tournure beaucoup plus concrète, et votre déjeuner, précédemment ingurgité, viendra grossir un peu plus les galeries d’art abstrait en atterrissant sur la surface froide et terne de votre carrelage dans un bruit qui n’est pas sans rappeler celui du hérisson traversant l’autoroute A6 un jour de grand chassé-croisé. Eh oui, une discipline bien méritoire. Nul rapport avec cette fumisterie iconoclaste que notre société mensongère a promue au fil des siècles au rang de vérité absolue, j’ai nommé : la Science ! Une matière dont les protagonistes principaux pourraient tous raisonnablement prétendre à la première marche sur le podium du « mec le plus allumé de l’Histoire ». Entre celui qui aurait mieux fait de se noyer dans sa baignoire, l’autre qui devrait s’allonger autre part que sous un pommier, le malade qui joue au cerf-volant métallique un jour de grand orage… Je veux dire : y’a qu’à prendre le portrait du vieux Albert et son E=Mc² pour s’en rendre compte : [url=http://msnbcmedia3.msn.com/j/msnbc/Components/Photos/z_Projects_in_progress/050418_Einstein/050405_einstein_tongue.widec.jpg]On mange quoi ce soir?[/url] Ca fait très peur!!! Comme je vous sens sceptiques, prenons un exemple concret. Imaginons la scène : Archimède est dans son bain, un bel après-midi sur la grand place de Syracuse. Oui, un bain en plein air, l’après midi. Ben écoutez : il faisait chaud, l’eau était claire, il avait de la crasse dans les pieds, les grecs ont une attitude très libre vis-à-vis de la nudité publique, que sais-je ! Là n’est pas la question de toute façon. Concentrez-vous et laissez votre imagination se saisir de l’instant. Nous disions donc : Archimède est allongé dans une eau tiède, bonnet de bain sur la tête, le gant de toilette plein de savon de Massilia. Il se frotte vigoureusement les aisselles tout en fredonnant quelques mélodies enjouées : « Au clair de ma Luuune, j’ai pété dans l’eau… » Quand soudain, le petit canard en plastique ainsi que le porte savon en céramique tombent dans l’eau de la cuvette. Jusque là, rien d’observable pour notre personnage qui continue gaiement ses ablutions. « Ca faisait des buuulles, c’était rigolo… » Mais alors que le petit canard plastique remonte rapidement à la surface dans un bref sursaut, le porte savon reste bloqué sous les 2 mètres cube d’eau savonneuse. Ce à quoi la plupart des homo sapiens sapiens correctement configurés auraient naturellement répondu par : ben oui, un porte savon ca coule… Mais, pas con l’Archimède !! « Ma grand-mère arrriiive av… mais qu’est ce ? Pourquoi le canard et pas le porte savon ? Ne se faudrait-il pas que tout corps plongé dans un fluide au repos, entièrement mouillé par celui-ci ou traversant sa surface libre, subit une force verticale, dirigée de bas en haut et opposée au poids du volume de fluide déplacé ? Mais putain mais c’est bien sûr ! » Ce par quoi il poursuivit en traversant la ville à poil en criant toujours le même mot en grec ancien… Et on veut nous faire croire que ces gens là sont rationnels ???? Pour moi c’est bien simple : on devrait créer des asiles pour les grands scientifiques. Parce que si le vieux grec s’était noyé accidentellement dans son bain ce jour là : on en serait pas à téléphoner sur son pc en regardant ses mails sur son téléphone portable ! D’ailleurs je tiens à préciser que j’ai intégré une école d’ingénieur. Comme ça peut-être qu’un jour on fera chier les collégiens avec mon théorème, qui sait… Je vous laisse, je dois aller ramasser les poubelles qui sont tombées à cause du chat de la voisine. A+